Le projet de Soi (1/3)

Estime de soi et projet de soins

mercredi 10 décembre 2003, par Charlaine Durand

L’estime de SOI

Dans leur ouvrage « L’estime de soi », les auteurs Ch. ANDRE et F. DELORS, postulent que l’insertion dans la société et la place que l’on veut y prendre, dépend de trois attitudes que l’individu a envers lui-même : l’amour de soi, la confiance en soi et la vision de soi.

L ’amour de soi est construit à travers les nourritures affectives reçues pendant l’enfance. La qualité et la cohérence de ces nourritures (amour réel des parents, que l’enfant risque de démériter ou non, constance de cette affection…) vont conditionner l’amour que l’individu va se porter. C’est à travers l’amour que lui portent ses parents qu’il va apprendre à aimer. C’est aussi de la façon dont vont l’aimer ses parents qu’il va ensuite aimer l’autre, les autres.

La confiance en soi est une capacité à se faire confiance face à la difficulté ou à une nouveauté, et qui dépend des apprentissages des règles de l’action qui a été fait ou non (oser, accepter l’échec et persévérer). La considération par ses tuteurs des erreurs comme possibles et normales dans le processus des apprentissages et non comme un échec remettant profondément en cause les capacités de son auteur, en est un facteur important. Ne pas réduire la valeur de l’individu aux résultats de ses actions est tout aussi important dans la construction de la confiance en soi.

La vision de soi est la capacité à s’imaginer dans un futur. Cette vision de soi nécessite deux bases sans lesquelles elle ne peut exister :

1) l’enfant a besoin d’être inscrit dans le projet, les attentes de ses parents. Que ce projet parental corresponde aux aspirations de l’enfant, ou qu’il s’y retrouve totalement opposé, son existence apprend à l’enfant la projection. Le leitmotiv connu du « passe d’abord ton bac » en est un exemple.

2) Le rêve doit être présent pour permettre la naissance du germe d’une construction identitaire Même si en grandissant, il changera maintes fois de choix d’orientation professionnelle au fur et à mesure des métiers qu’il découvrira, il aura appris à se projeter dans un avenir. L’activisme dans lequel sont plongés certains enfants par des parents qui craignent qu ’il ne s’ennuie ou ne fasse des bêtises, est nuisible à la construction de rêves dans lesquels il imagine son futur et projette un avenir.

Pour les besoins de l’exposé, nous allons développer davantage ces postulats posés par ces auteurs.

Une cascade d’effets avec étapes

Chacune de ces trois parties de l’estime de soi se développe avec des étapes chronologiques précises (Figure I).

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ESTIME DE SOI ET INSERTION DANS LA SOCI ?T ? (fig. I)

Ainsi l’amour de soi qui consiste à reconnaître ses qualités et accepter ses défauts (A) pousse l’individu à vouloir être potentiellement aimé par l’autre. Non seulement il va entrer dans un jeu de séduction plus ou moins conscient pour être aimé, mais il repoussera toute tentative de dépréciation exercée à l’encontre de sa personne (A1).
Il pendra soin de lui, se mettra en valeur (A2) et se pensera digne de l’amour d’un(e) autre (A3).

Cet amour qu’il se portera à lui-même le rendra capable d’aimer l’autre en tolérant ses défauts. Cette capacité à accepter les défauts de l’autre, de l’aimer tel qu’il est, est prédictif d’une stabilité affective (A4).
Le retour d’amour qui lui sera adressé renforcera l’amour qu’il se porte (A5).

La confiance en soi, construite avec les parents, permet de croire en ses capacités, en la valeur de son expérience, et influe positivement sur sa volonté d’avancer, d’évoluer et de grandir (B).
Fort de cette richesse intérieure, et poussé par son envie de séduire (amour de soi), il se sent capable d’apporter quelque chose à l’autre (B1). Les règles de l’action lui ayant été sainement inculquées, il osera prendre des risques et pourra accepter ses échecs sans vivre une blessure narcissique profonde (B2). Cela lui permettra de persévérer dans ses entreprises. Cette attitude est socialement reconnue comme de la motivation, de la constance, de la prise d’initiative, et lui attribuera de fait des compétences (B3).

Tout comme le processus qu’il faut s’aimer pour pouvoir aimer l’autre, accepter ses échecs aide à comprendre les difficultés des autres, et enclin à porter assistance à autrui en difficulté (B4).
Ce comportement de tolérance et d’entraide génère de la confiance chez l’autre et cette confiance qu’on lui porte, renforce à son tour celle qu’il a en lui-même (B5).

La vision de soi, née dans le projet de ses parents (C), inscrit l’individu dans une place à prendre dans la société (C1). Existante dans son imaginaire et dans celui de ses parents (ce qui l’aide dans les moments de doutes), il travaille à rendre réel ce projet pour lui-même (C2). Il se projette donc dans l’avenir (l’à venir). Cette place sociale lui confère un statut social (C3).
Sa place parmi les autres lui fait reconnaître la place des autres (C4). Les interactions qu’il met en place peuvent lui procurer un sentiment d’utilité sociale (C5).
Si son exercice professionnel est inopérant à le réaliser, l’individu peut rechercher cette utilité au travers d’une activité complémentaire, comme le bénévolat dans une association par exemple.
Cette utilité sociétale le renforce dans la validité de son projet de vie et donc dans la vision qu’il a de lui-même dans la société.

Cette même cascade peut découler en négatif.

En reprenant la démonstration par la négative= « j’ai une basse estime de moi-même », nous verrons que ces piliers sont contraints d’évoluer ensemble (figure II).

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BAISSE DE L’ESTIME DE SOI ET INSERTION DANS LA SOCI ?T ? (fig. II)

Amour de soi.
L’amour qui a été porté à l’individu pendant l’enfance est soit insuffisant, conditionnel soit carencé et ne lui permet pas de s’aimer (D).
Ne s’aimant pas, il ne prend pas soin de lui-même et peut s’auto-agresser de multiples façons (discours auto-dépréciatif, complexes divers, voire dysmorphophobies) le plus souvent sur le même mode que le faisaient ses parents (ou intimes ) pendant son enfance (D1).

Ne prenant pas soin de lui, il est peu désirable et pense très souvent ne pas pouvoir mériter l’amour de l’autre, ne pas en être digne puisqu’il se réfère à l’attention qui lui était portée jusqu’ici (D2).

Il peut même développer une attitude défensive qui va lui être préjudiciable : de peur d’être rejeté par l’autre, il rejettera l’autre comme pour tenter d’avoir un peu de prise sur cette relation « d’amour haine » qu’il ne comprend pas et qu’il joue inconsciemment dans ses relations à l’autre, et plus précisément dans ses relations amoureuses (D3).

Les parents doivent apprendre à l’enfant à reconnaître ses émotions et son mode de relation qu’il met en place de façon privilégiée. La façon d’aimer est apprise des parents en premier lieu. Son mode de relation aux autres naît des relations qui ont existé avec les adultes qui ont peuplé son univers d’enfant et qui ont fait l’objet d’un investissement affectif fort (essentiellement les parents, mais aussi l’assistante maternelle, l’instituteur, le moniteur de sport qui le fascinait, un autre membre de la famille...). L’enfant victime de parents au fonctionnement pervers reproduit une relation de « séduction rejet » envers les autres qu’il ne maîtrise pas. Ce n’est que par un travail sur soi, guidé, que l’on réussit à se libérer de cette emprise héritée de son histoire d’apprentissage de tissage des liens affectifs.
Ainsi rejetant ou évitant les autres, l’estime des autres est battue en brèche et ne peut s’installer. Cette situation va alors renforcer son sentiment qu’il n’est pas « aimable » et ce, avant tout par lui-même (D4 & D5).

Il en est donc de même de la confiance en soi et de la vision de soi.
Les difficultés rencontrées tant pour l’amour de soi, la confiance en soi et la vision de soi, procèdent au même renforcement de l’estime de soi, mais cette fois-ci en négatif.

Nous ne reprenons pas ici le détail des deux autres colonnes qui sont suffisamment claires dans le schéma proposé.

L’évolution n’est pas que descendante… chaque colonne interfère avec les autres.

Si cette évolution verticale descendante est logique pour les trois piliers (amour de soi, confiance en soi et vision de soi), ces derniers exercent une influence non négligeable, les uns sur les autres.

Lorsque cet amour des parents est conditionnel (selon les résultats scolaires ou la conduite « méritante ou déméritante » de l’enfant), trop envahissant, ou qu’il est tributaire du projet tronqué que nourrit le parent pour cet enfant (le parent se projette dans cet enfant censé réparer son passé), la confiance en soi est très précaire.
D’une part, on ne peut faire confiance à quelqu’un qu’on n’aime pas (Soi), d’autre part, si mes parents ont eu un projet pour moi, ce manque de confiance en moi ne me permet pas de l’investir.
De même, un projet formulé par les parents que l’enfant ne peut atteindre met ce dernier en situation d’échec et mine la confiance en soi potentielle. Le renforcement positif des efforts de l’enfant quant aux essais qu’il consacre à l’atteinte des buts aide à le rendre pugnace devant la difficulté. Si l’amour des parents est en fonction des résultats que connaissent ses entreprises, une frilosité à entreprendre, et donc à émettre des projets, va se mettre en place pour ne pas risquer de démériter cet amour.

Les « rétro-actions » peuvent entraîner des compensations ou des décompensations.

Pourtant, si comme nous l’avons dit ; l’amour de soi précède la confiance en soi, qui a son tour précède la vision de soi dans la construction de l’estime de soi, à partir du 3ème niveau, l’individu peut sur-développer l’un des piliers pour renforcer celui qui est déficitaire.
On peut ainsi rencontrer toutes sortes de scénarii : une confiance en soi exubérante peut tenter d’étayer un amour de soi fragile. Un investissement démesuré dans son travail ou une association, peut trahir un manque de confiance en soi (recherche de renforcement par les compliments qu’il s’attire) ou un déficit de l’amour de soi (il se « sacrifie » à la cause…).

Suite de l’article

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Le projet de soi 1/3

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