Etre soi dans sa fonction de cadre de santé

dimanche 4 septembre 2011, par Laurence BARBAT

Lorsque j’ai choisi moi aussi de m’engager dans la formation cadre, j’ai choisi de le faire avec ma personnalité, bien consciente de celle que j’étais et de celle que je souhaitais être à ma sortie de l’IFCS. Néanmoins, ces certitudes n’ont pas empêché les doutes car j’avais en ce qui me concerne, une double contrainte : j’aime et j’ai besoin de rire. Or, je sais combien le rire peut être mal perçu dans nos institutions. Ayant à cœur d’être authentique, de ne pas me renier et donc de ne pas « trop changer », je me suis rapidement demandée si je serais reconnue dans ma future fonction en gardant ma personnalité. Tel était mon questionnement au départ de cette recherche.

Le cadre dans sa fonction de manager

Je ne vais pas ici vous rappeler les nombreux rôles du cadre tels que les définit H Mintzberg (1984) dans son ouvrage « Le manager au quotidien, les dix rôles du cadre » [1] d’autant plus que des travaux encore en cours tendent à définir un nombre bien plus important de rôles attribués aux cadres, permettant ainsi la mise en lumière de ce qu’est réellement le travail de ces managers. Ce n’était pas l’objet de ma recherche mais il me semblait toutefois indispensable de débuter ce travail tout comme cet article, en rappelant à nous, le manager qui sommeille en tout cadre.
Au delà d’un aspect purement théorique, il est intéressant de se pencher sur ce que chaque cadre met derrière le mot management et sur la part de sa personnalité qu’il laisse transparaitre dans sa fonction. En tant que soignant, la gestion de nos émotions fait partie de notre quotidien, dans la convivialité d’une équipe comme dans la douleur des patients et de leur famille. Mais qu’en est-il lorsqu’on devient cadre ? Faut-il perdre cette authenticité et renoncer à un certain épanouissement au nom de l’efficience ?

Dans son ouvrage, Daniel Goleman (1997) aborde le thème du management comme étant « une affaire de cœur » [2]. L’auteur nous explique que «  la clé de voute de l’intelligence émotionnelle est de prendre conscience de ses sentiments au fur et à mesure qu’ils apparaissent » [3]. En développant cette capacité, le cadre développe parallèlement une aptitude à détecter et à comprendre les émotions de ses collaborateurs. S’autoriser à exprimer ses émotions pour ne pas les laisser nous submerger et donc faire preuve d’authenticité, c’est rester humain. Dans cet ouvrage j’ai trouvé des réponses à mes questions mais aussi je me suis sentie confortée face à mes doutes, face à celle que je suis.

L’humour et le rire

Le rire est une émotion positive empreinte de plaisir et de vie. C’est un réel besoin inscrit en nous aussi loin qu’il nous est possible de remonter. Il fait partie intégrante du développement de l’individu dès la petite enfance.

«  Le rire, c’est la santé »
Qui de nos jours oserait remettre en question un tel postulat ? Cette formule aussi vieille que le monde se transmet de génération en génération à travers toutes les cultures.
Le rire est un facteur important dans la recherche de la cohésion des groupes, des relations humaines. Il existe un lien très fort entre personnalité et sens de l’humour. C’est un bon moyen de communication. Il fait chuter les barrières et crée du lien en instaurant une certaine complicité entre ses acteurs. A défaut de changer une situation, il offre de nouvelles perspectives et une ouverture. Les sociétés modernes ont fait de l’humour un véritable produit de consommation à travers la presse écrite et audiovisuelle. Il fait partie de notre quotidien. L’usage de l’humour est représentatif d’un «  besoin de décalage avec la réalité, il devient gage de bien-être, d’implication au travail, il acquiert une utilité sociale » [4]. Il peut renforcer la motivation et intervenir dans des situations où la communication pose problème.
Mais il est vrai qu’il y a un temps pour tout et l’humour n’y échappe pas. L’empathie et le bon sens sont un pré-requis à son utilisation, au même titre que le discernement et la connaissance de la personne à laquelle il est destiné. Il est impératif de respecter l’autre et ses valeurs.

L’humour et le rire au service du management

« Savoir Rire » au travail, un savoir être professionnel à doser
Afin de réaliser ce travail, j’ai été amenée à interviewer des cadres de santé dans le but de recueillir leur ressenti, leurs impressions, leur vécu. Après leur avoir rappelé les règles de confidentialité qui s’imposent dans ce genre d’exercice, ils se sont livrés sans réelle retenue. Lorsque je leur ai demandé s’ils pouvaient rire au travail, ils m’ont répondu « Heureusement qu’on peut rire, sinon quelle tristesse. Néanmoins, ils étaient également tous d’accord pour dire qu’on ne peut pas rire de tout « il faut adapter son rire à l’autre, on ne peut pas rire de tout », « il ne faut pas faire n’importe quoi, on n’est pas dans un cirque ». Effectivement, pour pouvoir rire et plaisanter avec autrui, il est primordial que votre interlocuteur soit dans les mêmes dispositions que vous. L’humour, utilisé à bon escient, comporte juste ce qu’il faut de tendresse pour être une sorte d’estime pour autrui.
Mais il était aussi intéressant de voir avec qui les cadres s’autorisent à rire, à faire preuve d’humour. Il ressort que tous les cadres interrogés s’autorisent à plaisanter avec leurs collaborateurs « moi, je m’autorise à rire avec l’équipe, ce n’est pas parce qu’on est cadre qu’on doit forcément être toujours dans le registre du sérieux », et quand je leur ai demandé pourquoi : «  on a besoin de rire ensemble comme on a besoin d’affronter les situations difficiles ensemble », « je considère que je fais partie de cette équipe, donc je partage avec eux des moments de convivialité ». Mais là aussi, il ressort qu’il y a des règles à respecter, des limites à ne pas dépasser «  y’a un contrôle, on ne dit pas n’importe quoi sous le prétexte de l’humour » et comme le disait l’un d’entre eux, « probablement que tous les cadres ne s’autorisent pas à rire avec leur équipe », et cela bien entendu en fonction de leur personnalité. On constate donc ici que les cadres verbalisent bien leur besoin de rire, de plaisanter, d’utiliser l’humour dans leur quotidien.

L’humour dans les relations hiérarchiques décrédibilise-t-il le cadre ?
Lorsque je leur ai demandé si un cadre qui rit peut être pris au sérieux, ils ont tous répondu favorablement. En effet, il ressort de leurs propos que ce sont les actes effectués par le cadre qui lui octroient sa crédibilité « ce sont nos actes qui légitiment notre fonction, notre statut, il est important d’être crédible dans sa réponse mais il est aussi important de montrer qu’on n’est pas un bloc de granit ». Il semble évident à travers les propos recueillis que «  si le travail suit derrière, je ne vois pas où est le problème, mais il faut que le boulot soit fait », « en fait on est jugé sur nos actes, sur la qualité de notre travail, y’a pas besoin d’être austère pour bien travailler ».
L’humour permet de prendre de la distance, du recul et nous savons tous combien cela est important dans notre quotidien de soignant. Néanmoins, il est également important de noter que si les cadres furent unanimes sur le rapport entre humour et crédibilité, ils le furent également en précisant que l’humour doit toujours être utilisé à bon escient.

Le rire humanise les relations
J’ai ensuite souhaité que les cadres explicitent la façon dont ils se servent de l’humour dans leur quotidien, dans leur management.
« L’humour, c’est un outil de communication à part entière, on arrive à faire passer des choses ». C’est en effet comme outil de communication que l’humour a le plus été cité. L’humour, à travers les propos recueillis, est souvent utilisé comme vecteur de l’information, il « permet de faire passer pas mal de messages et puis gentiment, on passe plus de messages en rigolant qu’en étant des tyrans ». Il ressort donc que l’humour facilite la communication et permet d’aborder plus facilement certains sujets plus délicats «  on peut dire les choses beaucoup plus facilement avec un peu d’humour, même parfois pour des choses qui sont difficiles à entendre pour certains soignants, du coup on a des propos plus souples qui font mieux passer le message, la pilule comme on dit ». Mais la communication au sein de l’équipe ne doit pas être à sens unique. Ils me disaient à ce sujet que l’humour permet « de lever des barrières qui permettent aussi aux soignants d’exprimer leur ressenti ». Chez un cadre, «  ça le rend humain, et quand on a un cadre qui est humain automatiquement on s’autorise plus facilement à aller vers lui ».
L’humour m’a aussi été présenté comme un outil réflexif dont peut se saisir le cadre. « L’humour permet de prendre de la distance, du recul et d’amorcer une réflexion ». Enfin, pour certains, c’est « une marge de liberté supplémentaire », un outil qui « permet effectivement de libérer la parole », « pour lever une certaine forme de résistance »

Les bénéfices de la bonne humeur au travail
Lorsque pour conclure mes entretiens j’ai demandé aux cadres ce que l’humour apportait au management, les réponses furent variées mais positives, que ce soit à travers la recherche de plaisir au travail «  faire en sorte que le milieu du travail soit une source de plaisir, de convivialité » ou encore en termes de levier et de valeur ajoutée «  un management avec le rire pour moi c’est un plus, une valeur ajoutée », « c’est énorme, je ne plaisante pas, c’est vraiment un plus auprès des équipes », « oui, c’est un levier, je pense que ça apporte beaucoup ». Enfin, pour un cadre, «  les managers qui emploient l’humour, j’insiste, mais ils ont un visage beaucoup plus humain ». A travers ces propos, il apparaît clairement que l’utilisation de l’humour pour le cadre, dans sa façon de manager, de travailler avec ses collaborateurs, constitue un atout, un gage quant à l’image que le cadre donne de lui : un être humain.

Il ressort de ce travail que la personnalité du cadre a non seulement toute sa place dans sa fonction mais qu’elle en est même un élément important. En effet, l’authenticité du cadre dans ses rapports avec autrui, son honnêteté vis-à-vis de ses collaborateurs mais aussi vis-à-vis de lui-même sont des facteurs clés du type de management qu’il mettra en œuvre.
J’ai bien conscience ici de ne pouvoir généraliser ces résultats qui ne reflètent le ressenti que de six cadres de santé. Néanmoins, je peux me projeter dans ma future fonction, rassurée et certaine de pouvoir rester celle que je suis.


BIBLIOGRAPHIE

GOLEMAN D, L’intelligence émotionnelle : accepter ses émotions pour développer une intelligence nouvelle, Editions Robert Laffont, 1997

MINTZBERG H., Le Manager au Quotidien : Les 10 Rôles du cadre, Ed d’Organisation, Paris 1984

Le Journal des Psychologues, N°189, 07/08/2001


[1H. MINTZBERG, Le Manager au Quotidien : Les 10 Rôles du cadre, 1984

[2 GOLEMAN D, L’intelligence émotionnelle : accepter ses émotions pour développer une intelligence nouvelle

[3Opus cité p 76

[4 Le Journal des Psychologues, N°189, 07/08/2001, p 20 à 51


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